3. Quelques principes de rédaction

Ça y est, vous êtes prêts à créer vos chapitres, les doigts frétillant sur le clavier. Avant de commencer, voici ce qu’il y a à savoir sur la forme de votre manuscrit.

La mise en forme du manuscrit doit être la plus simple possible, au « kilomètre » (en limitant l’insertion de cadres, zones de textes et tableaux au strict nécessaire). Le principe qui doit présider à votre saisie est le suivant : il s’agit de composer un manuscrit directement lisible où tous les éléments pourront être distingués immédiatement de manière claire. En d’autres termes, le metteur en page doit pouvoir identifier directement les niveaux de titres, le statut des différents textes (citations longues, extraits, dialogues, etc.) et les consignes particulières qui lui sont directement adressées. Dans cette optique, l’utilisation du template fourni par le coordinateur éditorial est une aide précieuse.

3.1. La langue de scolarisation : un enjeu central

3.1.1. Qu’est-ce que la langue de scolarisation ?

La langue de scolarisation désigne la langue dans laquelle s’effectuent les apprentissages à l’école, en particulier dans les disciplines. Cette langue n’est pas uniquement un moyen de communication : elle constitue le principal outil cognitif permettant aux élèves de comprendre les concepts, de résoudre des tâches, d’expliquer leurs démarches ou encore de s’approprier les savoirs scolaires.

Contrairement à une idée reçue, la maitrise de cette langue ne concerne pas uniquement les élèves allophones. Une grande partie des élèves dits « francophones vulnérables » – pour lesquels le français familial est éloigné de la langue scolaire – rencontre également des difficultés pour comprendre les consignes, manipuler le lexique disciplinaire ou interpréter des formulations attendues à l’école.

Être attentif à la langue de scolarisation dans la rédaction d’un manuel n’est donc pas un effet de mode : c’est une condition essentielle pour que tous les élèves puissent réellement entrer dans les apprentissages.

3.1.2. Pourquoi la prise en compte du français langue de scolarisation (FLSco) est-elle indispensable ?

Prendre en compte le FLSco dans le cadre de la réalisation de nos manuels consiste à réduire les obstacles langagiers qui nuisent à la compréhension des contenus. Cela signifie :

  • utiliser le vocabulaire spécifique à la discipline ;
  • prendre en compte la polysémie ;
  • expliciter les démarches et processus ;
  • reformuler et sécuriser les consignes ;
  • expliciter clairement l’objectif d’apprentissage.

3.1.3. Quelques conseils de rédaction

A. Utiliser le vocabulaire spécifique à la discipline

Chaque discipline possède son propre lexique et ses verbes d’action.
Par exemple, « synthétiser » peut ne pas signifier la même chose en français, en histoire ou en sciences. Il est donc crucial :

  • de préciser ce que signifie l’action demandée dans votre discipline ;
  • d’éviter de supposer que les élèves connaissent déjà ce sens spécifique.

B. Prendre en compte la polysémie

De nombreux mots changent de sens selon le contexte (ex. « sommet » en mathématiques ou en géographie…).

Pour lever les ambiguïtés, on peut :

  • définir les termes polysémiques lorsqu’ils apparaissent pour la première fois ;
  • soutenir la compréhension par des exemples, schémas ou encadrés.

C. Expliciter les démarches et processus

Expliquer une méthode exige un vocabulaire adapté et précis.
Il est utile de :

  • décrire clairement les étapes d’un raisonnement ou d’une stratégie ;
  • mettre en avant les verbes opérateurs appropriés (décrire, comparer, justifier, vérifier…) ;
  • rendre visibles les repères méthodologiques.

D. Reformuler et sécuriser les consignes

Une consigne claire est souvent décisive pour permettre l’entrée dans la tâche. Pour cela, il est utile de :

  • privilégier les verbes opérateurs, qui indiquent clairement l’action précise que l’élève doit faire. Ces verbes sont fondamentaux car ils :
    • orientent la tâche : ils indiquent exactement ce que l’élève doit faire ;
    • réduisent les ambiguïtés : ils évitent les interprétations multiples ;
    • permettent d’évaluer : un bon verbe opérateur correspond à un résultat observable et mesurable ;
    • aident à structurer une progression : ils s’alignent avec les niveaux cognitifs (ex. taxonomie de Bloom).
  • proposer parfois une reformulation ou une mise en évidence des informations importantes ;
  • accompagner les consignes complexes d’exemples, d’indices ou d’étapes.

E. Expliciter clairement l’objectif d’apprentissage

L’objectif de chaque activité doit être visible, explicite et distinct de la tâche demandée.
Il doit permettre à l’élève de comprendre :

  • pourquoi il réalise l’activité ;
  • comment celle-ci s’inscrit dans un apprentissage plus large.

L’enjeu est de faire pour apprendre, et non de faire simplement pour réussir une tâche.

3.1.4. Focus sur les consignes

La consigne n’est pas un simple élément technique : elle constitue un véritable outil pédagogique. Une consigne mal comprise (en raison d’une formulation imparfaite) suffit à mettre en difficulté les élèves, indépendamment de leurs compétences disciplinaires.

Voici quelques éléments de réflexion pour la rédaction de vos consignes.

A. Situer la consigne

  • Est-elle donnée dans un contexte d’apprentissage ou d’évaluation ?
  • L’objectif d’apprentissage est-il explicitement indiqué ?

B. Clarifier l’action attendue

  • Quel verbe opérateur utiliser ? (décrire, comparer, classer, justifier…)
  • Cette action est-elle clairement distincte de l’objectif ?

C. Anticiper les connaissances antérieures et les obstacles

  • Que savent déjà les élèves ?
  • La compréhension de la consigne fait-elle partie de l’apprentissage visé ?

D. Rendre explicites les ressources et les stratégies

  • Quelles ressources sont nécessaires ?
  • Quelles stratégies cognitives seront mobilisées ?
  • Quelles étapes l’élève devra-t-il suivre ?

E. Préciser le cadre matériel et temporel

  • Quand, où et pour quand la tâche doit-elle être réalisée ?
  • Quel matériel est requis ?

F. Soigner le vocabulaire et la formulation

  • Utiliser un lexique correct, précis et compréhensible.
  • Choisir des pronoms adaptés (nous, vous, tu…) en cohérence avec l’intention.
  • Éviter les formulations longues ou ambiguës.

G. Rendre visibles les critères d’évaluation

Même dans un contexte d’apprentissage, évoquer les critères de réussite aide l’élève à comprendre l’intention de la tâche.

H. Quelques points de vigilance

  • Usage réfléchi des pictogrammes : ils doivent soutenir la compréhension, pas la remplacer.
  • Priorité à la visibilité de l’objectif plutôt qu’à l’habillage graphique.
  • Clarté de la mise en page : hiérarchisation visuelle, mise en évidence de l’action, lisibilité des étapes.

Nous vous proposons de discuter de tout cela en début de projet avec l’éditeur et le coordinateur éditorial afin de prendre ensemble des décisions qui pourront être appliquées par tous de façon cohérente dans l’ensemble du manuscrit.

3.2. Diversité et inclusion

Notre objectif, en tant qu’éditeur scolaire, est de créer des ressources d’apprentissage inclusives dans lesquelles un bon équilibre est trouvé entre différents types de personnes, de cultures… et où chaque apprenant trouve des représentations de lui-même ainsi que de son environnement.

« Diversité » et « inclusion » sont des mots à la mode qui sont utilisés à tout bout de champ. Pourtant, en 2019, une étude sur les stéréotypes dans les manuels scolaires dirigée par Judi Mesman a montré que les femmes et les personnages non occidentaux étaient sous-représentés. Les personnages féminins apparaissaient également plus fréquemment dans leur rôle parental ou accomplissant des tâches ménagères. Les personnages masculins, quant à eux, étaient surreprésentés en tant que scientifiques, athlètes ou pratiquant une activité technique. Les personnages non occidentaux étaient plus fréquents dans les professions de statut social moyen inférieur, et les personnages LGBT+ étaient pratiquement inexistants.

Il est donc important d’être attentifs à cet aspect et d’éviter les stéréotypes. Pour autant,  l’importance d’une représentation correcte ne doit pas non plus être sous-estimée. La recherche montre que les textes et les images que l’on montre aux enfants ont un impact majeur sur leur motivation et leurs résultats. Si ceux-ci suggèrent implicitement que certaines activités sont uniquement attribuées à un groupe de population auquel ils n’appartiennent pas, ils se sentiront automatiquement moins impliqués et moins attirés par ces activités. Inversement, les élèves se sentiront également plus motivés lorsqu’ils rencontreront des personnages auxquels ils s’identifient.

En outre, les ressources d’apprentissage diversifiées et inclusives ont également un effet positif sur les élèves qui répondent à la norme sociale. Les enfants apprennent à partir des livres (scolaires) en transférant leurs connaissances dans le monde réel, comme le montrent les livres (scolaires). Par conséquent, les livres (scolaires) ont le potentiel de leur inculquer des valeurs culturelles et de leur en apprendre davantage sur la société. Leurs préjugés et stéréotypes diminueront et leur empathie pour les autres augmentera.

Pour toutes ces raisons, Van In est particulièrement attentif à publier des ouvrages dans lesquels les termes « diversité » et « inclusion » font vraiment sens.
Chaque coordinateur éditorial a reçu à cet effet des directives précises quant aux 10 thématiques pour lesquelles une attention particulière doit être apportée :

  • habitat,
  • formation/emploi/classe sociale,
  • handicaps,
  • apparence,
  • âge,
  • religion/convictions philosophiques,
  • orientation sexuelle,
  • modèles familiaux,
  • origine

Ces directives doivent guider chaque collaborateur, auteur et illustrateur. N’hésitez pas à nous demander plus d’informations si cela vous intéresse.

Pour info, il n’est donc pas ici question de l’écriture inclusive, une forme d’écriture neutre qui a pour objectif d’établir la parité femme/homme dans la langue française via des codes graphiques et syntaxiques déterminés. Si nous comprenons son intérêt, nous avons décidé pour le moment de ne pas l’appliquer, car elle a pour inconvénient de rendre la lecture plus difficile pour l’élève.